Norwegian war-risk insurer DNK a lancé un nouveau programme de positionnement, de navigation et de synchronisation assurés pour les navires exposés au brouillage et au spoofing du GNSS, marquant une évolution notable dans la manière dont les assureurs maritimes réagissent aux interférences électroniques dans les routes maritimes à risque de conflit.
Le programme donne aux membres de DNK accès à des systèmes A-PNT fournis par des entreprises technologiques sélectionnées utilisant le réseau satellitaire en orbite basse d’Iridium. Les armateurs participants peuvent également bénéficier de réductions sur leurs primes d’assurance lorsqu’ils installent des systèmes approuvés conçus pour améliorer la résilience de la navigation en cas de perturbation GNSS.
Risque maritime lié au GNSS
Les interférences GNSS ne sont plus un simple problème technique limité à l’électronique de passerelle. Pour les navires commerciaux, la dégradation ou la manipulation du positionnement satellitaire peut affecter la planification des routes, l’évitement des collisions, les systèmes embarqués dépendants du temps, le respect des sanctions et la prise de décision opérationnelle dans les eaux restreintes.
Le problème est devenu particulièrement visible dans des zones comme la mer Noire, la mer Baltique, le golfe Persique et la mer Rouge, où les tensions géopolitiques ont accru l’utilisation du brouillage et du spoofing contre les signaux de navigation civils.
Pour les armateurs, le risque est concret : un navire peut rester physiquement navigable tout en voyant sa perception numérique compromise. C’est exactement le type de risque que les assureurs sont désormais contraints d’évaluer beaucoup plus sérieusement.
Sauvegarde PNT via Iridium
Le programme de DNK repose sur l’infrastructure satellitaire LEO d’Iridium, qui fournit une source de signal alternative lorsque les signaux GNSS conventionnels sont dégradés, brouillés ou falsifiés. La constellation Iridium utilise 66 satellites opérationnels en orbite basse, soutenus par des satellites de réserve en orbite, et est conçue pour offrir une couverture mondiale, y compris sur les océans et les régions polaires.
Le principal avantage technique réside dans la résilience du signal. Le signal LEO d’Iridium est beaucoup plus puissant au niveau du récepteur que les signaux GNSS traditionnels provenant de l’orbite moyenne, ce qui le rend plus difficile à perturber avec les mêmes techniques de brouillage à faible coût utilisées contre GPS, Galileo, GLONASS ou BeiDou.
Cela ne fait pas d’Iridium un remplacement du GNSS pour toutes les applications maritimes. Sa valeur réside plutôt dans son rôle de “source de vérité” indépendante capable d’aider les équipages et les opérateurs à détecter lorsque les données GNSS ne sont plus fiables.
Conception du système embarqué
Les systèmes approuvés devraient utiliser des équipements installés au-dessus du pont pour recevoir le signal PNT basé sur Iridium et surveiller les activités de brouillage ou de spoofing. DNK décrit également une unité optionnelle sous le pont pouvant fournir une connaissance situationnelle en temps réel à l’équipage.
Cette architecture est importante car le système ne vise pas uniquement à maintenir une position valide. Il crée également une boucle de retour d’information entre le navire et l’assureur. Les données télémétriques concernant les événements d’interférence peuvent aider DNK à établir une vision plus claire des risques opérationnels selon les régions et les routes.
Du point de vue de l’assurance, ces données pourraient devenir aussi précieuses que le matériel lui-même. Une cartographie des interférences à l’échelle de la flotte pourrait aider les assureurs à distinguer des perturbations locales temporaires d’activités hostiles soutenues dans des corridors à haut risque.
L’assurance rencontre l’A-PNT
La partie la plus importante de l’initiative de DNK n’est pas simplement l’utilisation d’Iridium. Le signal le plus important est que l’A-PNT est désormais directement lié à la tarification de l’assurance.
Les réductions de primes créent une motivation financière pour les armateurs afin qu’ils installent des systèmes de navigation résilients avant qu’un incident ne survienne. Cela pourrait faire passer l’A-PNT d’une amélioration spécialisée de sécurité à une mesure de contrôle des risques plus standard pour les navires opérant près des zones de conflit.
Il s’agit d’un changement significatif. La sécurité maritime a traditionnellement considéré les interférences GNSS comme un problème de navigation. DNK les traite désormais comme un risque opérationnel assurable avec des mesures de mitigation quantifiables.
Analyse technique
Le programme de DNK ressemble à un premier exemple de l’évolution actuelle de la résilience maritime. Par le passé, de nombreux opérateurs considéraient le brouillage GNSS comme une nuisance temporaire pouvant être contournée grâce au radar, à la navigation visuelle et aux procédures manuelles. Cette vision devient obsolète.
Les navires modernes dépendent des données de positionnement et de synchronisation dans de multiples systèmes numériques. Lorsque ces données sont manipulées, le problème ne concerne pas uniquement l’emplacement affiché du navire sur une carte. Le véritable enjeu est la confiance dans l’ensemble de la chaîne d’information.
L’aspect intelligent de l’approche de DNK est qu’elle ne promet pas une solution miracle unique. Elle ajoute plutôt une couche PNT indépendante, relie cette couche à la conscience opérationnelle et associe son adoption à des incitations d’assurance. C’est un modèle beaucoup plus réaliste que d’attendre des opérateurs maritimes qu’ils abandonnent le GNSS ou remplacent tous les systèmes existants.
L’implication plus large pour le marché est claire : l’A-PNT pourrait devenir une exigence standard pour les navires opérant dans des régions à haut risque, tout comme les mesures de cybersécurité et de lutte contre la piraterie sont devenues des éléments intégrés de la gestion moderne des risques maritimes.
À propos de DNK et Iridium
DNK, officiellement Den Norske Krigsforsikring for Skib, est une association norvégienne d’assurance mutuelle contre les risques de guerre dont le siège est situé à Oslo. L’organisation a été fondée en 1935 et fournit une couverture contre les risques liés à la guerre, au terrorisme, à la piraterie et aux cyberincidents pour les actifs maritimes norvégiens. Selon des informations publiques, DNK couvre environ 3 500 navires et plateformes de forage norvégiens, ce qui en fait l’un des plus grands assureurs mutuels contre les risques de guerre au monde.
Iridium Communications est une entreprise américaine de communications satellitaires basée à McLean, en Virginie. Son réseau repose sur une constellation de satellites en orbite basse comprenant 66 satellites actifs et des satellites de réserve en orbite, fournissant des services mondiaux de voix, de données, de sécurité, de défense, d’aviation, de maritime et de PNT. Iridium a également élargi son portefeuille de positionnement, navigation et synchronisation, notamment avec le développement d’une technologie PNT compacte dont la disponibilité commerciale est prévue pour 2026.




